Un exemple de portrait

BRIGITTE BARATEAU ET LES ATELIERS TREFLERELE

Prendre une décision, changer d’orientation,  se donner de nouveaux objectifs : autant de situations où se révèlent nos difficultés. Brigitte Barateau anime les ateliers Tréflerèle où l’on découvre ses capacités de création et l’on apprend à mieux s’exprimer et se connaître.

Brigitte a développé les expériences dans le domaine de la relation d’aide et de l’accompagnement durant toute sa vie professionnelle. D’abord éducatrice spécialisée, puis animatrice dans les hôpitaux, elle s’est confrontée à de nombreux publics : enfants psychotiques, détenus, personnes âgées.  En parallèle, elle découvre une pratique artistique, le collage d’images. Elle décide de faire partager ce travail, révélateur de nos émotions et de nos difficultés, et devient médiatrice en créativité.
Un parcours et une démarche dont elle nous livre quelques jalons.

Des enfants aux personnes âgées

A dix-sept ans, Brigitte ne veut pas continuer le lycée et se demande ce qui l’intéresse vraiment.  « J’ai trouvé une formation dispensée par  l’armée qui devait former des éducateurs de rue pour l’Algérie : un an de formation en caserne. » Mais c’est alors la fin de la guerre en Algérie et Brigitte doit changer de programme. Elle choisit une école d’éducateurs qui forme des cliniciens pour s’occuper des enfants psychotiques, et suit des stages avec Françoise Dolto. Bientôt, elle travaille en hôpital psychiatrique infantile, puis en internat avec des adolescentes caractérielles.
Dans les années1980, l’administration de l’assistance publique va lui proposer un poste entièrement nouveau.  Il s’agit de créer un service d’animation dans le cadre de l’humanisation des hôpitaux. « Je suis arrivée à l’hôpital d’Issy les Moulineaux, qui comptait 600 personnes âgées. Il n’y avait ni profil ni contenu de poste, ni d’ailleurs de budget. »  Brigitte doit tout créer, au sein d’un personnel très hostile. « Pour eux, l’animation ce n’était pas un métier, et je n’avais pas de chef de service. Mais avec les personnes âgées,  j’avais une idée à la seconde »  Douze ans plus tard, c’est un vrai service, avec de l’argent et du personnel. « J’avais mis en place des formations d’agents hospitaliers, d’aides soignants et d’animateurs. »

Collage et thérapie
Durant cette période, elle anime un groupe de travail corporel avec des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. « Cela a déclenché beaucoup d’émotions. J’ai donc commencé un travail en individuel et en groupe avec un thérapeute.» Celui-ci lui confie plus tard la co-animation d’un groupe de patients. « C’est à ce moment que j’ai commencé à chercher comment l’on peut travailler sur soi avec autre chose que les mots. Car l’on peut  parler de sa colère sans  jamais être en contact avec elle » C’est justement un jour de colère que Brigitte réalise un collage d’images. Pour elle, c’est à la fois un moyen d’expression et un outil de connaissance de soi.  « J’avais le choix entre  garder cela pour moi, et en faire profiter les autres. »  Au fil du temps, elle va affiner sa pratique artistique et se donner les moyens de la transmettre.

Ateliers en prison
Durant les années 1990, Brigitte travaille au sein du Conseil Général des Hauts de Seine où elle est notamment chargée d’étude et de développement de projets pour la prévention de la délinquance. Comme lors de ses précédents postes dans les hôpitaux, elle est autonome sur  des missions courtes où tout est à créer. « Mon chef de service avait compris que c’était le mode de fonctionnement qui me convenait le mieux. »  Dans les prisons, elle pilote des projets de prévention de la récidive. Elle ne croit pas tout de suite qu’un atelier de collage puisse être utile aux détenus. «J’ai finalement mené ces ateliers durant six ans. Violence, solitude, les détenus parvenaient à tout exprimer à l’aide de cette technique. Ils ne m’auraient jamais dit tout cela spontanément. » L’outil opère donc sur des publics très différents.
Plus tard, Brigitte est sollicitée par Austro Queiros, un thérapeute partageant ses activités entre la France et le Brésil.«J’ai effectué quelques séjours au Brésilpour des échanges de pratiques. J’ai pu présenter mes ateliers et travailler avec des thérapeutes brésiliens.»

 

Brigitte développe par la suite ses ateliers collage en parallèle de son travail au Conseil Général. 

« Je trouvais une centaine de clients par an, en groupe de dix ou douze. »  
Dans les années 2000, Brigitte prend peu à peu sa retraite grâce à la cessation progressive d’activité. Elle propose ses ateliers au sein de Coopaname depuis 2007.

L’atelier, révélateur de soi
A présent, Brigitte anime des groupes de parole dans des centres sociaux. Paroles de femmes, paroles de mères, c’est l’occasion de parler des violences quotidiennes ou de l’éducation des enfants, de leur place au sein du couple. « Mais les intervenantes peuvent s’en tenir à des généralités parce qu’elles sont souvent trop concernées par un sujet. » La parole seule ne permet pas d’exprimer facilement ses émotions, d’être en contact avec ce que l’on ressent. « En complément, je propose  donc des ateliers d’expression collage. L’on pioche dans des magazines, des mots, des phrases et des images. L’on ne va pas chercher n’importe lesquelles pour faire son collage. C’est un dialogue avec ces fragments qui ne sont pas à moi et que je vais m’approprier. Je pars des émotions pour mettre des mots dessus et non l’inverse.» Les mots s’adressent à notre raison, notre façon de voir les choses. Les images échappent au filtre intellectuel, et nous conduisent plus directement à notre intuition, notre ressenti. Elles sont donc un support pour libérer la parole. Brigitte n’intervient pas directement pendant ce travail et ne donne pas de consignes esthétiques. « Moins l’on se soucie de faire quelque chose de beau, et plus c’est ordonné, cohérent et en accord avec ce  que l’on veut exprimer. » Le résultat est toujours unique. Durant la discussion qui suit, chacun aborde des thèmes beaucoup plus forts et personnels.

Trouver sa place
L’atelier sert à révéler ses compétences comme ses difficultés.  Il permet de comprendre comment l’on se comporte, comment l’on fonctionne. Brigitte prend l’exemple de la gestion du temps de parole : « Dés le départ,  je dis que je ne donnerais pas la parole. Si l’on te donne la parole, on ne s’apercevra jamais de la difficulté que tu peux éprouver à la prendre. Donc je laisse faire, puis je demande : pourquoi n’es-tu pas intervenu ? Es-tu certain que tu le voulais vraiment ? Dans la vie, tu dois faire ta place.» L’essentiel pour Brigitte, c’est d’accompagner l’autre à prendre soin de lui. Il lui faut pour cela observer comment il se met dans telle situation.L’animatrice est attentive à tous nos comportements et nous invite après coup à y réfléchir. Cela permet d’engager une réflexion sur la place que l’on occupe dans l’espace et celle que l’on s’accorde socialement. « De quelle manière  j’utilise l’espace pour travailler ? Est-ce que je peux toujours m’enthousiasmer pour mon projet ? »

Quand il y a un malaise dans notre vie c’est qu’il existe un conflit intérieur entre ce que l’on croit bien pour nous et ce qui l’est vraiment. Si l’on est en accord avec soi, l’on peut plus facilement faire des choix, accepter certaines contraintes, découvrir son propre seuil de tolérance dans sa vie ou dans son travail. Brigitte constate que l’époque est au zapping, même dans le domaine du développement personnel « Personne ne veut s’accorder un peu plus de quelques jours pour comprendre le fonctionnement de son esprit. »

Trèflerèle : reflet et réel

« Voir ce que je fais, en comprendre les conséquences, apprendre à être bien avec soi, savoir changer d’angle de vues, créer du nouveau.» Ce sont les enseignements des ateliers Trèflerèle, anagramme créé à partir des mots reflet et réel.

Brigitte publie régulièrement  sur son blog : http://treflerele.com  des contes et récits qui sont autant d’outils de réflexion pour illustrer sa démarche d’artiste et de thérapeute. L’on y trouve aussi les tableaux réalisés en milieu carcéral. Enfin, nous pourrons y découvrir les ateliers de cartes créatives, où se conjuguent expression de soi, intuition, imagination, et connaissance de soi.

Art et partage
Si Brigitte expose ses collages dans des galeries, ce travail artistique n’est jamais distant de la démarche des ateliers publics. « Si je fais un collage, c’est que  j’ai quelque chose à me dire. Cela me fait du bien et je veux le partager.  Je suis devenue artiste un peu par accident, pour voir comment une émotion pouvait se transformer sur le papier. » Le site  www.bdumesnil.com est consacré à cette production artistique. 

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